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2017-2018
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INTERVIEW N°62 KIVIN AL ZIHAIRI (Joueur Senior)
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INTERVIEW N°62 KIVIN AL ZIHAIRI (Joueur Senior)

Publié le 30 avril 2018 par

INTERVIEW N°62  KIVIN AL ZIHAIRI  (Joueur Senior)

Kivin Al Zihairi est un «revenant». Façon de dire que ce jeune joueur revenu au club est un pèlerin qui a brouté dans quelques prairies. On se rappelle de lui en U17 de Poitiers 3 Cités avec la bande à Aziz Masrour. Il a commencé à l’école de foot de Ligugé. Puis il est allé paître ailleurs, au CEP-Poitiers et à Buxerolles. Depuis qu’il est revenu à Poitiers 3 Cités, il porte une barbe. L’enfant a donc grandi et ne ressemble plus à son petit frère Delcher, U14 à Poitiers 3 Cités. Pour autant, il garde le même visage d’adolescent, affichant si souvent un sourire aux lèvres, sinon des rires aux éclats. Kivin Al Zihairi est un illuminé de foot. Quand on l’entend parler de football, on a l’impression que c’est lui qui l’a inventé. Sérieusement, ce joueur a apporté à Poitiers 3 Cités tout ce qu’il a appris ailleurs, en plus d’un peu de fraîcheur au milieu des anciens plus aguerris. Le jeune a quelque chose dans les pieds, surtout sa lourde frappe, une arme redoutable dont il n’utilise qu’à la carte. Sa faiblesse est le jeu de tête. Dommage, car avec sa grande taille, il créerait des étincelles et de la foudre dans le ciel. Aussi dans sa tête, il lui arrive de dérailler et de blackbouler sans faire de bruit. C’est pourquoi le jeu de Kivin est variable comme un indicateur coloré chimique, selon son humeur du moment. Faisant partie de la nouvelle génération dont le foot s’apprend aussi bien sur le terrain que devant un écran de télé, voire avec des jeux vidéo, Kivin a parfois tendance de confondre le réel du virtuel. Celui qu’on interpelle parfois par «Kiv» ou «Bagdad» a des parents originaires du Kurdistan irakien. Le papa semble un mordu de foot qui ne manque guère d’aller voir jouer ses enfants Delcher et Kivin. Depuis peu, Kivin Al Zihairi est éducateur au club. Il montre du sérieux à entraîner et accompagner ses jeunes U15. D’ailleurs il y a pris goût auparavant avec les U11. Puisqu’on dit que l’appétit vient en mangeant, Kivin passe déjà ses premiers diplômes d’éducateur de foot. C’est ce joueur fort sympathique dont j’admire tant par son état d’esprit que par ce qu’il apporte au groupe que je veux présenter aux yeux du monde. Passionné de foot jusqu’à la moelle, il aura sans doute beaucoup de choses à me raconter.

Gaspard (Gaspard Ntsika) : Kivin, depuis le temps que je voulais cette interview avec toi, je suis aujourd’hui heureux. Je te remercie de te prêter à ce jeu. On aura bien de choses à se dire. Pour commencer dis-moi d’abord quand et où tu as connu le jour.

Kivin (Kivin Al Zihairi) : D’abord bonjour Gaspard et merci à toi. Je suis né à Poitiers, le 15 Août 1996.

Gaspard : Je te vois souvent sourire et même rire aux éclats. Mais je ne t’ai jamais vu t’énerver. Comment tu exprimes souvent ton mécontentement ? Par la bouderie ou par des paroles obscènes de jeune ?

Kivin : Quand je suis énervé, je ne parle pas. Mais cela ne veut pas dire que lorsque je ne parle pas je suis énervé. En fait je ne montre rien sur mon visage. C’est comme ça, par habitude. Surtout que l’on ne se voit que dans le cadre du foot, il est difficile de me voir énervé. Je ne dis pas de mauvaises paroles que je peux regretter après.

Gaspard : Dernièrement contre Nieuil-l’Espoir, tu as boudé en silence parce que tu as joué en tant que libéro. La conséquence est que tu as fait un geste aux conséquences qu’on connaît. Est-ce que tu es du type à faire des sacrifices, au foot ou dans d’autres domaines ? Quelle leçon te donne Dembelé qui est obligé d’être gardien pour les besoins de la cause ?

Kivin : C’est vrai à ce match j’ai boudé en silence. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas la première fois que je jouais libéro. Je l’ai fait une grande partie de la saison. Et comme ce n’est pas là où je préfère jouer, le naturel est revenu au galop. Mon mécontentement s’est vu là. Le fait que j’ai joué à ce poste est déjà un sacrifice pour moi. Pour Dembélé, je pense qu’il prend du plaisir d’être gardien. S’il ne voulait pas, ça se verrait.

Gaspard : Je t’ai connu jeune et imberbe. Pourquoi tu portes désormais une barbe ? C’est pour la mode, pour être un grand ou pour ton look personnel ?

Kivin : Première raison, j’ai la flemme de me raser tous les jours. Deuxièmement, c’est pour mon look parce que je trouve que ça me va bien. Ensuite la barbe est à la mode.

Gaspard : On t’appelle souvent par «Kiv», cela se comprend. Mais parfois j’entends tes copains du foot t’interpeller par «Bagdad». Pourquoi ce petit nom de «Bagdad» ?

Kivin : Lorsque je jouais à Buxerolles, des copains m’ont surnommé «Bagdad» parce que je suis d’origine irakienne. Et cela s’est répandu même à Poitiers 3 Cités où certains me connaissaient par ce petit nom. Je l’ai accepté sans problème. C’est un peu comme toi du Congo qui te ferait appeler par «Brazzaville».

Gaspard : Donc tes parents sont originaires d’Irak. Je vois souvent ton papa venir te voir jouer. On dirait un accroc du foot. A-t-il joué au foot et à quel niveau ?

Kivin : Mon père aime le foot, mais son sport favori est le tennis qu’il a pratiqué pendant longtemps. De temps à autre, il le fait. Pour le foot, il n’a joué que lorsqu’il était très jeune, à l’école.

Gaspard : Es-tu déjà parti en Irak ? Si oui, raconte-moi grosso modo les souvenirs de ton séjour dans le pays de tes parents ravagé par la guerre.

Kivin : Je vais presque tous les ans. Mais depuis presque deux ans je ne suis pas parti. Je ne garde que de bons souvenirs. Toute la famille est là-bas et lorsque j’y vais c’est de bons moments. Je suis du Kurdistan irakien, au nord-est de l’Irak   dans une zone peu touchée par la guerre. C’est pourquoi j’y vais en toute sécurité.

Gaspard : Même sans aller à Bagdad, que dis-tu de la situation dans le pays de tes parents ?

Kivin : Je ne m’intéresse pas à la politique, ni de là-bas ni d’ici. Je n’en pense rien du tout. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été à Bagdad lorsque j’étais petit. Je ne vais qu’à Zakho, la ville où réside ma famille.

Gaspard : Kivin au fond de toi, te considère-tus plus Français que Kurde, sinon les deux ?

Kivin : Les deux à la fois. A la maison, je parle plus kurde que français. En dehors, je parle français. Le fait d’aller souvent au Kurdistan me donne des repères culturels pour cet autre pays.

Gaspard : A quel âge et où as-tu commencé de pratiquer du foot ?

Kivin : En débutant vers 6-7 ans à Ligugé.

Gaspard : Puis après Ligugé, quels sont les clubs que tu as fréquentés ? Retrace-moi ton itinéraire de joueur.

Kivin : Après Ligugé, je suis allé au CEP pour jouer en Poussins. En Benjamins et U15, j’ai été à Buxerolles. J’ai ensuite passé une saison en U17 avec Aziz à Poitiers 3 Cités. Je suis reparti à Buxerolles où j’ai joué jusqu’en senior. Après une année en senior là-bas, j’ai décidé de revenir à Poitiers 3 Cités.

Gaspard : Bien, tu étais en U17 à Poitiers 3 Cités sous la direction d’Aziz Masrour. Mais pourquoi être parti du club ?

         Kivin : J’avais envie de rejoindre mes copains à Buxerolles.

Gaspard : Puis tu es revenu à Poitiers 3 Cités. Pourquoi ce retour ici ?

         Kivin : C’était à un moment où la plupart des copains quittaient Buxerolles pour aller ailleurs, comme à St-Eloi ou à Poitiers 3 Cités. Et comme je connaissais plusieurs joueurs de Poitiers 3 Cités et que je venais parfois regarder leurs matchs en compagnie de Saad (Ali Haydari), je n’ai pas hésité de revenir ici.

Gaspard : Je reviens à ce que j’ai dit tout à l’heure. Tu ronchonnes souvent lorsqu’on te fait jouer en tant que libéro où tu excelles à mon avis. Selon toi, à quel poste tu te sens le meilleur ?

         Kivin : Au niveau de la performance, c’est vrai que je suis bien en tant que libéro. Mais je préfère jouer à un poste où je m’amuse. Je voudrais être en attaque.

Gaspard : Je te l’ai souvent dit, tu as une arme qui est le tir que tu n’utilises pas souvent, sauf lors des coups francs. Mais pourquoi tu ne tires pas lorsque tu es lancé ? C’est par peur ou par honte de rater ?

         Kivin : La raison est toute simple. J’ai souvent joué libéro pour ne pas me permettre de frapper et de marquer des buts. A part ça j’ai souvent tiré.

Gaspard : Et tu fais partie de ces jeunes qui veulent jouer comme les stars du foot. Tu sais bien que même chez ces professionnels, on ne met pas n’importe quel joueur à n’importe quel poste. Selon toi pourquoi vous jeunes cherchez à compliquer le jeu sur des choses que vous ne maîtrisez pas en voulant imiter ceux qui font du foot leur métier ?

         Kivin : Je le fais surtout pour le beau jeu. Je n’aime pas me débarrasser du ballon comme si c’était une boule de feu. Je sais que je ne peux pas jouer comme les stars. Mais ce sont les beaux gestes techniques que j’admire, même lorsque je joue moi-même.     

Gaspard : Je sais que c’est le rêve de tout jeune. Alors Kivin, quand tu joues te sens-tu dans la peau d’un «Messie», d’un «Ronaldo», d’un «Neymar» ou d’un «Mbappé» ? Quel est ton idole du foot ?

         Kivin : Je ne me sens pas à la hauteur des joueurs que tu as cités. A notre niveau et dans notre équipe, il y’a certainement des joueurs qui se rapprochent de ces caractéristiques, mais ils sont limités. Pour les joueurs que je préfère, il y’a Higuain et Falcao.

Gaspard : Parlons maintenant de ta scolarité. Au niveau scolaire, quelles études as-tu fait ? Quels sont les établissements que tu as fréquentés ?

         Kivin : A l’école primaire, j’ai été à Alphonse Bouloux de Beaulieu. J’ai ensuite fait le collège France Bloch. Après j’ai fréquenté le lycée Auguste Perret (actuel Nelson Mandela) où j’ai passé un bac pro en Menuiserie. 

         Gaspard : As-tu une activité professionnelle aujourd’hui ?

         Kivin : Oui, je travaille à Armatis de Chasseneuil au Futuroscope. C’est un centre téléphonique entrant.

Gaspard : En ce moment, tu es éducateur au club et beaucoup apprécient ton implication. Puis tu t’occupes des U15. Rencontres-tu des difficultés particulières à ces activités au club ?  

Kivin : Aucune difficulté parce qu’on m’y a pas obligé. J’aime bien faire ça. Et j’adore apprendre du foot aux jeunes.  

Gaspard : Avant les U15, tu as eu en charge les U11 avec Assane Sow et Erick Mpambi Cavani. C’est là où j’ai découvert ton sérieux et ton enthousiasme. Et maintenant tu passes des diplômes d’éducateur de foot. Comptes-tu aller plus loin dans cette formation d’entraîneur ?

         Kivin : Oui, je m’y suis pris au jeu et cela me plaît beaucoup au point que je ne me vois pas arrêter. Je n’ai aucun projet précis, mais j’aimerais continuer.

Gaspard : Je t’ai entendu dire que tu pratiques aussi le foot en salle. Quelle différence tu fais avec le foot sur herbe ? Quel est ton niveau sur cet autre jeu ?

         Kivin : C’est différent, cela n’a rien à voir avec le foot sur le terrain. Contrairement à ce que certains pensent, le futsal fatigue plus. On est en espace réduit et on est toujours en mouvement, on a peu de temps de récupération. Je ne suis pas mal là.

Gaspard : A ce que je sache, tu as beaucoup d’occupations dans ta vie. Mais que fais-tu en dehors du foot et de tes obligations professionnelles ? Comment tu remplis ton temps libre ? Jeux vidéos, virées nocturnes en boîte de nuit ou rencontres avec des copains (et copines) autour d’ampoules de bière ?  

         Kivin : D’abord je suis quelqu’un qui sort beaucoup. Je suis rarement à la maison. J’ai une copine et beaucoup d’amis. Il m’arrive de sortir en boîte de nuit. Je regarde aussi beaucoup de matchs de foot à la télé. Par contre, je ne suis pas bière et je ne bois pas.

Gaspard : Kivin, encore merci d’avoir répondu à ma sollicitation. Merci aussi d’être revenu au club pour nous apporter ce que tu as appris ailleurs. Tu as plusieurs qualités, mais tu ne sais pas bien les utiliser toutes. Tu préfères jouer avec tes faiblesses. Tu me fais souvent penser à un animal qui veut voler comme l’oiseau, mais qui n’a pas d’ailes. En fait, il faut reconnaître qu’une équipe (de foot) est un concentré de qualités et de défauts. On fait alors de telle sorte que chaque joueur soit placé là où il exprime au mieux ses qualités. Kivin, continues d’être dans un bon état d’esprit pour le bien de tout le monde. Sois simple dans ton jeu, tu joueras mieux et tu te feras admirer de tes coéquipiers et même du public. Là c’est côté cours. Côté jardin, je sais que tu es un enfant à peu près sage sur qui on peut compter. Sauf lorsque tu fais peut-être des excès. Tu es en contact avec les jeunes et tu inculques des valeurs (éducatives et sportives) à tes jeunes joueurs. Applique ces règles comme si elles te concernaient avant tout pour ton évolution personnelle. Ce sont ces seuls conseils que je peux te prodiguer à l’issue de cette interview. Pour le reste, on se reverra et on pourra toujours discuter et rigoler. Avant de clore cet entretien, aurais-tu des dédicaces pour tes coéquipiers de Poitiers 3 Cités, tes amis qui t’entourent si souvent et même pour ta famille, surtout ton papa inconditionnel supporter ?

         Kivin : Tout d’abord, merci à toi pour cette interview. Je sais que cela te prend du temps pour écrire tout ça. Ensuite, je fais une dédicace à tous mes amis qui se reconnaîtront. Bien sûr aussi à ma famille et à mes collègues du boulot qui me chambrent souvent lorsque je perds des matchs. J’ai une reconnaissance à tous les dirigeants des seniors du club qui sont tous de bonnes personnes. Enfin bisou à ma petite copine.

Gaspard : Une nouvelle fois encore, merci Kivin. Je suis comblé d’avoir eu cet entretien avec toi et de te connaître plus que je ne savais de toi. Vas donc aux entraînements, car les autres courent déjà dehors. A tout à l’heure.

 

Interview réalisée le 24 Avril 2018

Gaspard NTSIKA

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